Le savant fou et le discret
Le savant fou.
11 février, Concertgebouw - Amsterdam.
Ce soir la salle est bondée - les gens qui sont là n'auraient raté ce concert pour rien au monde : Pat Metheny seul en scène, aux commandes de son Orchestrion : un orchestre complet d'instruments automatisés.
Qu'est-ce que ça va donner sur scène, ce projet incroyable ?
Les lumières s'éteignent et dans un tonnerre d'applaudissements, Pat Metheny entre, sa guitare à la main. S'assoit, entame un morceau en solo. Puis un deuxième, cette fois avec sa guitare "Picasso" (en fait 3 guitares en une). Ça commence bien.
Après cette introduction, les draps qui recouvrent les instruments du fond de la scène sont ôtés, et c'est la gifle. Non seulement la performance visuelle est incroyable, avec tous ces intruments qui jouent comme s'ils étaient actionnés par des êtres invisibles, mais surtout, ils jouent AVEC Pat Metheny. Il s'approche d'eux, ils lui répondent, comme de vrais musiciens.
Et l'ensemble sonne incroyablement humain - comme si chacun de ces automates était doté d'une âme. Tout l'album y passe, et avec lui les frissons et les yihaaaa de la salle, totalement éberluée par le groove que dégage la mécanique.
Lorsque Pat Metheny explique son projet, le pourquoi, le comment, le ça va où, il est chaleureux, comme un ami passionné qui vous raconte son truc sans détour et vous communique son enthousiasme.
Et pour conclure près de 3 heures de concert, il se lance dans une série d'improvisations avec l'Orchestrion, poussant l'exercice jusqu'à l'expérimental - un peu comme on tenterait des loopings avec un Boeing.
En sortant, une chose est claire : Pat Metheny est l'un des rares musiciens qui laisseront une trace indélébile dans la musique contemporaine, au-delà du jazz. Et en plus il sympa.
Le discret.
20 mars, Muziekgebouw - Amsterdam.
Pat Metheny et Brad Mehldau ont fait deux albums ensemble.
Tous les deux font partie du petit nombre d'artistes qui fait avancer le jazz.
Pourtant on peut difficilement imaginer personnalités plus opposées.
Un mois après la performance incroyable du premier au Concertgebouw, c'est dans l'auditorium moderne du Muziekgebouw que nous sommes allés voir Brad Mehldau, en piano solo.
Mehldau, c'est incontestablement un héritier de Bill Evans, que j'adore. Une façon d'aborder le jazz à la lisière de la musique classique et de tirer des harmonies impossibles de son piano, qui en font un orchestre à un seul instrument.
Brad Mehldau ne parle pas, mais va droit au but : il entre, salue sans un mot, et immédiatement se connecte au piano. Je dis "se connecte" car il pose ses doigts sur le clavier et hop ça joue presque tout seul. Pas de mouvement brusque, les doigts passent sur le clavier de façon à peine perceptible, et peu d'expressions viennent troubler le visage de Mehldau (là où Pat Metheny se contorsionne et grimace dans tous les sens). Il ne fait aucun doute que le piano et lui ne font qu'un.
Le son monte, emplit la salle, se démultiplie et on a l'impression que plusieurs pianos à queue jouent ensemble, créant une nappe sur laquelle vient se poser une mélodie d'une clarté sidérante.
Pour peu qu'on prête attention, on finit par reconnaître des airs familiers : Nirvana, Neil Young, Richard Rodgers (My favorite things)... Des airs dont Brad Mehldau s'empare pour les élever en cathédrales, à des kilomètres au-dessus de leurs versions originales.
La salle debout rappelle sept fois le musicien à la fin du concert. Il revient sept fois, saluant systématiquement de la même façon et se reconnectant aussitôt avec son piano, pour un autre morceau interprété de façon tout aussi virtuose, pour finir sur un hallucinant et somptueux "River Man" (probablement la meilleure version que j'aie jamais entendue).
En sortant, une chose est claire : Brad Mehldau est l'un des rares musiciens qui laisseront une trace indélébile dans la musique contemporaine, au-delà du jazz. Et en plus il fait ça avec l'air de pas y toucher.
1 commentaire:
wish I were here... c'est pas demain la veille que ces deux giants passeront à Lima... :-( Ici, on vient juste d'avoir la visite de Guns&Roses pour la premiere fois, en 2010, qd le groupe est grave has been... c'est dire...
Enregistrer un commentaire